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« À quoi bon sauver des livres quand on n’arrive pas à sauver des vies ? » C’est la question que se pose Ahmad quand, fin 2013, ses amis l’appellent en renfort pour exhumer des milliers de livres des décombres d’une maison pulvérisée, dans la banlieue rebelle et assiégée de Daraya (Syrie).

Mais lorsqu’il ouvre un de ces ouvrages, il ressent le même frisson de liberté que lors des manifestations pacifiques du début de la révolte anti-régime. « Tout en lui se met à vaciller. Cette sensation troublante d’ouvrir la porte du savoir. De s’échapper, un instant, de la routine du conflit. De sauver un petit bout, même infime, des archives du pays. De se faufiler à travers les pages comme on fuite vers l’inconnu. »

Sauvés des gravats par une quarantaine de jeunes révolutionnaires, les ouvrages sont rassemblés dans un refuge auquel tous les habitants ont accès, secrètement, faisant ainsi des livres « leurs armes d’instruction massive », leur refus de toute domination.

Fruit d’entretiens menés par Skype entre Delphine Minoui, journaliste française, et ces activistes insoumis, le récit « Les Passeurs de livres de Daraya » nous parle de cette troisième voix, entre Damas et Daech, celle de la résistance pacifique, et que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Elle passe par le pouvoir de la littérature et de la connaissance qui, grâce à cette bibliothèque clandestine, redonnent un peu d’espoir.

Delphine Minoui, Les Passeurs de livres de Daraya. Une bibliothèque clandestine en Syrie, Seuil, 2017.